Nathalie Krone

Nathalie Krone
Paludière
Saint-Armel (56)

Nathalie Krone, paludière engagée pour la biodiversité à Saint-Armel

Installée depuis 2016 à Saint-Armel, sur la presqu’île de Rhuys dans le Morbihan, Nathalie Krone exerce le métier de paludière depuis deux décennies. Après dix ans passés dans les marais de Guérande, elle gère aujourd’hui en autonomie une ferme saline de 10 hectares, dont 5 hectares de marais salants.

Ce domaine constitue un espace naturel sensible — un site protégé pour sa richesse écologique — racheté en 1978 par le Département du Morbihan. Dans le cadre d’un partenariat avec la collectivité, la saline et le bâtiment de travail sont mis à sa disposition. En contrepartie, Nathalie assure l’entretien et la gestion environnementale de l’ensemble de la ferme.

Le travail de paludière dépasse ainsi la récolte artisanale du sel. Le site faisant office de réserve pour l’avifaune, Nathalie aménage le milieu naturel pour offrir des conditions optimales d’accueil et de reproduction aux oiseaux migrateurs.

Pour faire découvrir cet équilibre entre activité agricole et préservation de la faune, Nathalie propose également des visites pédagogiques. Elle accueille régulièrement des groupes scolaires en classe de mer ainsi que les touristes de passage sur la presqu’île.

Le fonctionnement d’un marais salant breton : le circuit de l’eau expliqué

Pour produire du sel de manière artisanale, une ferme saline s’appuie sur quatre éléments fondamentaux : l’argile du sol, le soleil, le vent et l’eau de mer. Le travail du paludier consiste à faire circuler l’eau par gravité à travers un réseau de bassins afin d’augmenter progressivement sa concentration en sel par évaporation naturelle.

Le circuit s’organise en plusieurs étapes clés :

  • La vasière : alimentée à marée haute par des portes d’eau, elle sert de réserve principale. Elle permet également la décantation, une étape où les sédiments en suspension se déposent au fond pour obtenir une eau claire.
  • Les bassins de circulation et les fares : l’eau y circule en très faible profondeur. Exposée au soleil et au vent, elle se réchauffe et commence à s’évaporer, ce qui augmente son taux de salinité.
  • Les adernes : ces grands bassins servent à stocker la saumure, c’est-à-dire une eau très fortement chargée en sel.
  • Les œillets : placés en bout de circuit, ces bassins de production permettent la cristallisation finale du sel, prêt à être récolté à la main.

Grâce à la réserve constituée par la vasière, la ferme saline peut continuer à alimenter ses bassins de production de manière autonome, sans être tributaire du rythme quotidien des marées.

Le calendrier annuel du paludier : de la préparation des bassins à la récolte du sel

Si la récolte du sel s’effectue principalement de la mi-juin à la fin août, l’entretien d’une ferme saline exige une attention constante tout au long de l’année. Les travaux de préparation conditionnent directement la réussite de la saison estivale.

Durant la période hivernale, le travail se concentre sur les bassins extérieurs, notamment la vasière et le cobier (un bassin intermédiaire où les sédiments s’accumulent rapidement). Ces structures nécessitent un curage régulier pour évacuer la vase. Parallèlement, le cœur de la saline reste totalement immergé sous l’eau afin d’éviter la dégradation des structures et des ponts en argile sous l’effet des intempéries.

À partir de la deuxième quinzaine de février, le niveau d’eau est progressivement baissé pour laisser sécher les chemins d’argile. Intervient alors l’étape de « l’habillage » : le paludier retire la vase déposée au fond des bassins de production et en applique une couche sur le bord des ponts. En séchant, cette couche forme une protection solide pour l’ensemble de la saison de récolte.

Enfin, dès la mi-juin, la récolte du gros sel débute à l’aide du las, un outil traditionnel composé d’un long manche et d’une planche en bois sur mesure dotée d’une face large et d’une face arrondie.