Samuel Conan
Samuel, la passion de la tomate à Pléhédel
Implantée sur la commune de Pléhédel, dans les Côtes-d’Armor, la ferme maraîchère incarne l’évolution et l’adaptation du modèle agricole breton. Associé à Hervé et Claudine Conan, Samuel célèbre cette année ses dix ans d’installation. Ensemble, ils gèrent trois hectares de serres dédiés à la culture de la tomate pour la coopérative Les Maraîchers d’Armor, commercialisées sous la marque Prince de Bretagne.
La diversification comme facteur de résilience
L’histoire du site témoigne de la capacité de réaction des producteurs face aux aléas de la profession. À ses débuts, la ferme produisait exclusivement de la tomate grappe. À la suite d’un exercice économique délicat, les associés ont fait le choix stratégique de la diversification pour stabiliser leur bilan financier. Ils ont ainsi fait le pari des « variétés anciennes ».
Débutée modestement sur 2 000 à 3 000 m², cette culture occupe aujourd’hui un hectare complet, aux côtés des deux hectares maintenus en tomate grappe. Cette répartition permet d’équilibrer les risques tout en répondant à la demande croissante des consommateurs pour des fruits plus typés et parfumés.
Un ancrage économique local fort
Au-delà de la production, la ferme de Pléhédel constitue un bassin d’emploi significatif pour le canton. L’entreprise emploie 13 salariés permanents tout au long de l’année. Durant le pic de la saison estivale, l’effectif monte jusqu’à 30 personnes grâce au renfort de 17 à 20 saisonniers venus prêter main-forte pour l’effeuillage, l’entretien des plants et la récolte.
Face aux aléas climatiques : la gestion de l’eau au cœur des serres bretonnes
L’été se suit et ne se ressemble pas, mais les récents épisodes de fortes chaleurs et la sécheresse prolongée ont marqué les esprits des maraîchers. Face à l’absence de précipitations continues depuis le mois de mai, les structures de production doivent redoubler d’efforts pour préserver leurs cultures et économiser la ressource hydrique.
L’impact direct de la chaleur sur le végétal
Les températures élevées sous serre ne manquent pas de créer des perturbations biologiques importantes :
- Défaut de pollinisation : les bourdons, auxiliaires indispensables pour la fécondation des fleurs de tomates, cessent leur activité lorsque la température sous serre devient trop élevée. De plus, le pollen perd en qualité, entraînant des ratés de fécondation et des fruits de calibre plus petit.
- Nécroscopie ou « cul noir » : un stress thermique brutal bloque l’assimilation de certains nutriments par la plante, provoquant une tache noire interne au fond du fruit qui le rend impropre à la commercialisation.
Sécheresse et recyclage de la ressource en eau
Sur le site de production, la collecte des eaux de pluie constitue habituellement la source principale d’irrigation grâce à deux bassins d’une capacité totale de 12 000 m³. Cependant, lors des étés particulièrement secs, ces réserves peuvent se retrouver entièrement à sec dès le début du mois de juillet.
Pour limiter le prélèvement dans le milieu naturel, la ferme s’appuie sur le recyclage des eaux de drainage. Les surplus d’irrigation non absorbés par les pains de culture sont récupérés au fond des rigoles, filtrés et réinjectés dans le circuit d’arrosage. Ce procédé permet de récupérer et de valoriser entre 30 % et 40 % de l’eau apportée sur l’ensemble de l’année.
Le mot du lexique
- Le cul noir (nécrose apicale) : un désordre physiologique de la tomate causé par une déficience temporaire en calcium au niveau du fruit, très souvent provoquée par des températures extrêmes ou de fortes variations d’humidité.
- Eau de drainage : la fraction d’eau d’irrigation restituée au bas des substrats de culture. Récupérée dans des gouttières, cette eau est désinfectée et réutilisée pour éviter tout gaspillage.
Les coulisses d’une saison de culture sous serre : de la plantation au vide sanitaire
La culture de la tomate sous serre répond à un calendrier très précis qui s’étale sur près de douze mois. Loin des idées reçues sur le sourcing lointain des jeunes végétaux, la démarche s’inscrit dans une dynamique de proximité dès le début de la saison.
Un cycle annuel rigoureusement orchestré
Les jeunes plants sont livrés sur la ferme au début du mois de décembre en provenance de pépinières locales basées dans le Finistère. Dès leur installation sous les serres, un suivi quotidien s’organise pour accompagner le développement de la plante :
- L’entretien végétatif : les équipes procèdent au palissage continu de la tige principale, taillent les bouquets pour ne conserver que 5 à 6 fruits afin d’optimiser leur calibre, et installent des demi-lunes de soutien.
- La période de récolte : les premières cueillettes démarrent au début du mois de mars. La montée en charge est progressive, avec un pic de production situé entre mai et mi-août qui nécessite le renfort d’une main-d’œuvre saisonnière locale.
- La fin de cycle et la valorisation : la récolte s’achève la première semaine de novembre. Les plants sont alors retirés, broyés puis valorisés par épandage agronomique sur les terres agricoles environnantes.
Le mot du lexique
- Palissage : Technique qui consiste à attacher et guider la tige principale d’une plante le long d’un support vertical (fil ou tuteur) pour favoriser sa croissance en hauteur et optimiser l’exposition à la lumière.
- Demi-lune : Petit accessoire souple en plastique clipsé à la base du bouquet floral. Il empêche le rameau de se plier ou de rompre sous la charge des fruits en croissance.