David Louzaouen
Au cœur du quotidien de David Louzaouen, éleveur engagé à Plouzané
Pour ce premier volet de notre série consacrée au quotidien des agriculteurs bretons, les caméras d’Agribretagne se sont posées à Plouzané, dans le Finistère, sur la ferme de David et Romain Louzaouen. Les deux frères y gèrent ensemble un élevage porcin, un bel exemple de complicité familiale et de dynamisme local.
Une structure familiale et autonome
David et Romain travaillent sous le statut de GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun, il s’agit d’une forme juridique permettant aux agriculteurs de s’associer à parts égales pour gérer une structure commune). Ensemble, ils veillent sur un cheptel de 200 truies dans un système dit de « naisseur-engraisseur ». Derrière ce terme technique se cache une réalité vertueuse : les porcelets naissent à la ferme et y sont élevés jusqu’à leur maturité. Pour nourrir leurs animaux, les deux frères cultivent une surface de 110 hectares, leur garantissant une grande autonomie alimentaire.
L’engagement pour l’avenir de la filière
Être agriculteur aujourd’hui, c’est aussi savoir sortir de sa cour de ferme. David Louzaouen l’a bien compris. Très investi pour l’avenir de son métier, il assure des responsabilités majeures au sein de sa coopérative, Porc Armor Évolution, ainsi qu’au niveau du marché du porc français. Son leitmotiv ? Promouvoir le savoir-faire breton et faciliter l’installation des nouvelles générations.
« J’estime que c’est important de promouvoir notre métier, de défendre l’installation des jeunes et de défendre la filière, tout simplement. » — David Louzaouen.
Portes ouvertes le dimanche 7 juin : Venez à leur rencontre !
Le monde agricole vous intrigue ? David, Romain et leurs partenaires locaux vous attendent nombreux sur le site de Kerbers le dimanche 7 juin dans le cadre de l’événement régional « Tous à la ferme ! ».
Ce sera l’occasion idéale pour une sortie pédagogique et ludique en famille :
- Pour les enfants : Des baptêmes de tracteurs et des balades en petit train sont organisés.
- Découverte locale : Le voisin de David, Julien (très actif sur les réseaux sociaux sous le nom de La Ferme de Ju), ouvrira également les portes de sa ferme laitière.
- Comprendre le collectif : La CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) Ar Bodou expliquera comment les agriculteurs d’une même commune s’organisent pour partager l’achat et l’utilisation de machines agricoles de pointe, réduisant ainsi les coûts et favorisant la solidarité locale.
Rendez-vous le 7 juin à Plouzané pour découvrir la réalité d’un métier passionnant, transparent et ancré dans son territoire.
Dans la maternité porcine, entre protection des porcelets et sécurité de l’éleveur
Pour ce deuxième épisode, nous poussons les portes de la maternité. C’est ici, dans cette atmosphère calme et chauffée, que commence la vie des porcelets, sous l’œil attentif de l’éleveur.
Une organisation millimétrée : la conduite en 7 bandes
Gérer une ferme de 200 truies demande une rigueur sanitaire et logistique absolue. David nous explique appliquer la méthode de la « conduite en 7 bandes ». Derrière cette expression technique se cache une gestion par groupe : le cheptel de truies est divisé en sept groupes distincts. Toutes les trois semaines, une « bande » arrive en maternité pour mettre bas. Ce système permet à l’éleveur de concentrer ses soins sur un seul groupe d’âge à la fois, garantissant un suivi optimal de la santé des mères et des petits.
Les cages en liberté : une innovation pour le bien-être et la sécurité
La maternité moderne utilise désormais des aménagements appelés « cages en liberté ». David lève le voile sur leur utilité, souvent mal comprise par le grand public. Durant la mise-bas et les 8 à 10 premiers jours de vie des porcelets, la truie est temporairement maintenue dans un espace sécurisé. L’objectif ? Empêcher que la mère, qui pèse souvent plus de 200 kg, ne se couche accidentellement sur ses petits encore fragiles et gauches.
Une fois ce cap critique passé, la cage est entièrement ouverte. La truie retrouve une totale liberté de mouvement pour interagir avec sa portée et allaiter plus confortablement.
Ce dispositif protège également l’humain. L’instinct maternel d’une truie est puissant, et les interventions de l’éleveur (comme la vérification de la bonne santé de la portée ou l’administration d’un soin anti-inflammatoire à la mère) doivent pouvoir se faire sans danger.
« Une truie a un instinct maternel, elle va chercher à protéger ses petits. Donc si on cherche à approcher ses petits dans la cage, il faut aussi pouvoir travailler en sécurité pour nous. » — David Louzaouen.
Le sevrage : cap sur l’alimentation solide
La période d’allaitement en maternité dure en moyenne 28 jours (soit 4 semaines). Pendant cette phase, le lait maternel est la source principale d’alimentation. Néanmoins, pour préparer en douceur l’étape suivante — le post-sevrage (le moment où les porcelets quittent leur mère) —, David introduit très tôt une alimentation solide. Il s’agit de petits granulés faits de céréales et d’un apport en poudre de lait, assurant une transition nutritionnelle parfaite et sans stress pour le système digestif des animaux.
L’autonomie au cœur des champs : le modèle vertueux de la polyculture-élevage
Pour ce troisième volet, nous quittons les bâtiments d’élevage pour nous rendre au milieu des cultures. C’est ici que se joue une grande partie de la durabilité de la ferme.
Une recette 100% sur-mesure pour les animaux
David nous explique comment est composée la « ration » (la portion alimentaire quotidienne) de ses porcs en phase d’engraissement (la période de croissance finale de l’animal). Pour nourrir son cheptel, la ferme s’appuie principalement sur deux cultures majeures :
- Le maïs (50% de la ration) : récolté à l’automne, il est directement broyé et stocké sur place à la ferme pour être consommé tout au long de l’année.
- Le blé (25% de la ration) : récolté en été, il est stocké chez le fournisseur d’aliments de la ferme, qui le livre au fur et à mesure des besoins. Un complémentaire vitaminé (25%) vient finaliser ce menu pour répondre parfaitement aux besoins physiologiques des animaux.
Qu’est-ce que la polyculture-élevage ?
Au cours de notre visite dans les parcelles, David insiste sur le modèle de la polyculture-élevage. Ce terme désigne une ferme qui associe la production de cultures végétales et l’élevage d’animaux.
C’est un modèle d’économie circulaire parfait : les effluents de l’élevage (le lisier) servent d’engrais naturel pour fertiliser les champs de maïs et de blé. En retour, ces plantes servent à nourrir les animaux. Ce cercle vertueux permet d’éviter l’importation d’engrais chimiques et d’aliments pour bétail à l’autre bout de la planète, offrant à la ferme une vraie autonomie face à la volatilité des marchés mondiaux.
Le cycle des saisons sous nos yeux
En marchant dans les champs, David nous montre le contraste saisissant des cycles végétaux :
- Le blé, semé à l’automne précédent, est actuellement en fleur. On peut observer les étamines (les petites pièces jaunes qui transportent le pollen), signe que le grain va bientôt se former pour une récolte prévue mi-juillet.
- Le maïs, à l’inverse, est une plante de printemps. Semé fin avril, il commence tout juste à lever et ne sera récolté qu’à la fin du mois d’octobre.
« C’est un système qui est vertueux, qui permet d’aller chercher l’autonomie et on est moins dépendant des marchés. » — David Louzaouen.